Haies vives et corridors biologiques

« …donc je ne suis qu’un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une bête commune comme si on ne comptait pas de plus bêtes et de plus communs que nous dans les espèces, pour eux, je ne suis qu’un hérisson,…, à vrai dire, je n’ai rien à envier aux Hommes » aurait pu écrire Alain Mabancku dans Mémoires de porc-épic.

Je ne rencontre désormais plus autant de hérissons ni même d’autres petits rongeurs ou oiseaux dans nos jardins et nos parcs. Fuyant les zones d’agriculture intensive, beaucoup d’espèces de la faune indigène vivent en milieu urbain.

Bien sûr, ce royaume animal vertébré et invertébré ne peut survivre que dans les espaces verts de nos villes et villages ; il doit trouver de quoi se protéger et se ressourcer et, pour y parvenir, il doit pouvoir se déplacer d’une zone à une autre. Mon hérisson parcourt, après s’être reposé durant 18 h, jusqu’à 4 kilomètres pour subvenir à ses besoins. Et il a bien des obstacles à surmonter pour subsister.

En fait, je dresse la plupart de ces obstacles moi-même… je le piège. Je crée de véritables déserts écologiques ! Pas par méchanceté…
Derrière le cloisonnement des propriétés en zones résidentielles se dressent les grillages qui rendent difficiles les déplacements des hérissons et des haies exotiques, souvent en monoculture, parfois traitées contre les maladies, champignons ou insectes, qui appauvrissent la biodiversité. Comme moi, vous pensez à la laurelle, au faux-cyprès ou au thuya ? Il en est ainsi terminé du garde-manger de tous ces petits animaux.

Puisque la protection des sites remarquables abritant des espèces ou des milieux vulnérables, rares ou encore menacés n’a pas suffi à enrayer le déclin de la biodiversité, les enjeux sont d’autant plus importants et urgents. En effet, il est naturel de préserver et créer des haies indigènes diversifiées ne demandant que peu d’entretien et des corridors biologiques afin que la faune puisse se déplacer, se nourrir, se reposer, hiberner, se reproduire et conquérir de nouveaux territoires.

La fragmentation et l’isolement des espaces naturels sont reconnus aujourd’hui comme la principale cause de perte de la biodiversité dans le monde, conclut la Direction générale de l’agriculture et de la nature (DGAN, Genève).
En conséquence, celle-ci conduit son propre programme d’aménagement de corridors biologiques et de participation financière à la plantation de haies indigènes dans le Grand- Genève. En pensant à mon hérisson, j’opte pour la création d’une haie vive indigène ! Elle remplacera ma haie de laurelles, véritable mur végétal, et mon jardin retrouvera son équilibre.

Des arbustes ! Oui ! Des arbustes. Des sureaux, des cornouillers, des noisetiers ; et puis des fleurs, des fruits et des couverts pour les papillons et les oiseaux, et encore des couleurs, des senteurs. Au toucher, les plantes n’ont de loin pas toutes les mêmes douceurs… Je rêve ! Je diversifie ! Je crée un écosystème.
Non, je ne rêve pas ! Elle existe vraiment ma haie. Mon hérisson y trouve tout ce dont il a besoin : des baies, des graines, des insectes, pleins d’endroits pour passer la journée. J’ai fait confiance à mon paysagiste qui, après avoir observé et ressenti l’espace à ma disposition, m’a proposé plus de cinq essences de plantes. Il a créé, pour moi, pour mon hérisson et ses compagnons, une haie qui non seulement me procure une protection des regards de l’extérieur, un filtre contre les poussières et le bruit de la rue mais aussi un habitat pour tous ces petits animaux animant mon environnement. Je lui ai fait poser des ganivelles – clôtures en châtaignier –, dans lesquelles j’ai ménagé quelques passages pour que mon hérisson puisse s’y faufiler.

Mais voilà, il est est souvent bloqué par les thuyas de mon voisin ; et si je l’incitais, lui aussi, à créer et faire vivre une haie indigène et ainsi participer au maillage écologique en favorisant un corridor biologique ?